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parapluies. Au lieu de Diana, ce fut Taxil qui parut ; il prononça un discours qui, pour l’effronterie et le cynisme, n’a pas d’égal dans la littérature. Il s’avoua coupable d’infanticide, attendu que le Palladisme était mort et que c’était lui-même, son père, qui l’avait tué. La seule Diana Vaughan qu’il connût était une jeune fille qu’il employait comme dactylographe, moyennant un salaire mensuel de cent cinquante francs. Pendant douze ans, son dessein avait été d’étudier à fond l’Église catholique, à l’aide d’une série de mystifications qui lui révéleraient les secrets des esprits et des cœurs dans la hiérarchie sacerdotale. Il avait réussi au-delà de ses plus audacieuses espérances. Après sa prétendue conversion, le moyen de parvenir à ses fins lui avait été suggéré par le fait que l’Église voit dans la Franc-Maçonnerie son plus dangereux adversaire, et que nombre de catholiques, le Pape en tête, croient que le Démon est le chef de cette association anti-cléricale. Il affirma qu’à Rome les Cardinaux et la Curie avaient sciemment et de mauvaise foi patronné les écrits publiés sous son nom, sous le nom de Bataille et de Diana Vaughan ; le Vatican connaissait la nature frauduleuse de leurs prétendues révélations, mais était enchanté de les utiliser pour entretenir chez les fidèles une croyance profitable à l’Église. L’évêque de Charleston avait, déclara-t-il, écrit au Pape que les histoires relatives à cette ville étaient fausses ; mais Léon XIII avait imposé silence à ce prélat, tout comme au vicaire apostolique de Gibraltar, lequel avait affirmé qu’il n’y avait pas dans le pays de souterrains où les Maçons célébrassent les rites infâmes décrits par Bataille. Taxil poursuivit de la sorte, imperturbablement, au milieu des hurlements et des malédictions de l’auditoire, qui comprit trop tard pourquoi l’on avait confisqué, à la porte, les cannes et les parapluies. À la fin, le public furieux ne tint plus en place. Taxil échappa grâce à la protection de la police et se retira tranquillement dans un café voisin.

Pendant quelque temps, il ne resta plus au mouvement antimaçonnique qu’à panser mélancoliquement ses blessures. Il y avait pourtant encore quelques personnes, d’une crédulité tenace,