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tent aussitôt que la température s’est adoucie ; l’été, ils vont aux champs pieds nus. Dans cette dernière saison, les fatigues, l’insuffisance de la nourriture, l’oubli complet des plus simples précautions hygiéniques occasionnent des dyssenteries qui, tous les ans, enlèvent quelques victimes. Pendant l’hiver, la poussière du chanvre, qu’ils respirent dans l’atmosphère chaude et malsaine de leur atelier, leur occasionne une respiration difficile et une toux habituelle, sans que l’on ait jusqu’ici remarqué de conséquences fâcheuses à cette indisposition chronique.

L’ouvrier appartient à la classe des paysans, peu nombreuse aujourd’hui dans la localité. Loin qu’il puisse atteindre à un rang supérieur, J*** N*** ne se maintient à celui qu’il occupe qu’au moyen d’un labeur incessant et d’une rigoureuse économie. Toute sa vie et celle de sa femme ont été employées à créer péniblement le domaine qui lui a permis de nourrir et d’élever sa famille. Bientôt ce domaine si restreint va être divisé en quatre parts bien minimes. Chacun des enfants aura alors à recommencer, au prix des mêmes sacrifices, l’œuvre de son père, et, arrivée au même point, cette œuvre se détruira de nouveau. Les habitants de ces campagnes cherchent dans la stérilité du mariage un moyen d’éviter le morcellement de la petite propriété et les conséquences fâcheuses qui en résultent. Ils