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jour, ça me dérange. Quand y a que la graine pure, je trampale même pas, dit Guignol dans Un dentiste, pièce de l’ancien répertoire.

TRANCANAGE, DÉTRANCANAGE, s. m. — Action de trancaner, au propre et au fig.

TRANCANER, DÉTRANCANER, v. n., terme de fabrique. — Dévider sur la machine appelée trancanoir. Lorsque la soie sortant de la teinture est remise à la dévideuse, celle-ci met les flottes sur les guindres et dévide sur les roquets. Comme la flotte est sujette à s’embrouiller, le fil tire à ces moments, et fait une serrée sur le roquet. À l’ourdissage, le fil pourrait casser. Pour régulariser, on dévide une seconde fois le fil sur le trancanoir (voy. ce mot). Faire cette opération, c’est trancaner ou détrancaner la soie (voy. détrancaner). — Au fig. Transvaser. Trancane don ce vin, qu’y a de la bourbe au fond. — De l’ital. stracannare, mot technique. Au xve siècle stracannare ja seta, « passarla da una altra canna ». Ital. scannare, dévider. Le mot a été importé avec l’industrie de la soie.

TRANCANOIR, DÉTRANCANOIR, s. m. — Sorte de dévidoir. — De trancaner, avec le suffixe oir, applicable aux objets moyens d’action.

TRANCHET, s. m. — Trier sur le tranchet, Trier sur le volet. Cette locution, proscrite par Molard, me parait tombée en désuétude. Il est vraisemblable que tranchet signifie ici la planche à trancher, vulgairement nommée planche à hacher.

TRANSON, s. m. — Gros morceau. Se dit surtout en parlant du pain. Un transon de pain, Un gros morceau de pain. — De truncionem, de truncum.

TRANSPARENT. Voy. guide-âne.

TRAPOT, OTTE, adj. — Gros et court. — C’est trapu, avec changement de suffixe. C’est par erreur que Littré indique la forme trapet comme lyonnaise. Du moins, je ne la connais pas.

TRAPPON, s. m. — Trappe pratiquée dans le plancher d’un grenier ou d’une cave. — Diminutif de trappe.

TRAQUENARD, s. m. — Tarare, van mécanique pour le grain. — De traquenard, piège à loups, parce que le tarare se compose de palettes qui sont mises en jeu par un mouvement de rotation, et font assez bien l’effet de trappes qui tombent, et en rappellent le bruit.

TRAQUE, s. des 2 g. — Écervelé, timbré, demi-fou. Le Fiacre n’est pas méchant, mais il est un peu traque. — D’une racine trac, exprimant le dérangement d’un ressort, d’une mécanique, et qui est peut-être une onomatopée. Comp. détraquer, et l’argot avoir le trac.

TRAQUOIRE, s. f. — Fille écervelée, à tête faible. La Lympe a fait de gognandises, mais c’est pas pour faire mal ; c’est une traquoire. — De traque, avec le suffixe oire, qui devient péjoratif, lorsque, au lieu de s’appliquer aux objets, il s’applique aux personnes, qui sont alors comparées à des objets métalliques.

TRAS, s. m. — Solive. Il y a deux espèces de tras : le tras ordinaire de 8 cent. de largeur par 11 cent. de hauteur, et le tras de matte, de 16 cent. sur 16. Les premiers s’assemblent dans les poutres ; les seconds sont posés sans assemblage, et simplement en prise dans les murs. — De trabem.

TRASSAUTER. Voy. tressauter.

TRAVAILLER. — Travailler comme un massacre. Voy. massacre.

Travailler sur l’or, sur l’argent. « Dites Travailler l’or, l’argent. » — Je le veux bien, ô grammairiens subtils ! Pourtant on ne peut dire de quelqu’un qui grave sur l’or, par exemple, qu’il travaille l’or : il travaille bien sur l’or.

TRAVERSE. — Allée qui traverse. Voy. allée.

TRAVERSE, s. f. — Vent d’ouest. Je crois que nous avons emprunté le mot aux Foréziens, qui ont donné ce nom au vent d’ouest parce qu’il prend en travers la plaine du Forez.

TRAVERSER, v. a. — Traverser le pont, Passer le pont. Métonymie. L’idée est Traverser la rivière au moyen du pont.