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être que Pleumeur. Ils émigrèrent à la Révolution. Leur chapelle fut brûlée, le colombier démoli, le manoir et les terres vendues ; mais, en sous-main, un vieux tenancier de la famille, Guillaume Bozec, racheta le manoir et le rendit, franc de dégâts, à Jean Prigent de Kerhu-Lanascol, lequel revint au pays sous l’Empire et mourut presque aussitôt. Il laissait une veuve et un enfant mâle.

Mme de Kerhu-Lanascol était de complexion trop délicate pour s’occuper de son fils : elle ne bougeait pas de sa chaise longue. L’enfant, qui avait six ans à la mort du père et qui n’avait reçu dans l’exil aucune instruction, fut confié à Guillaume Bozec. Mais Guillaume, bon cultivateur, savait tout juste déchiffrer l’almanach. D’autre part, on ne pouvait songer à prendre de précepteur, les besoins de la famille excédant déjà ses ressources. L’instruction du petit Jean fut ainsi limitée par force à celle du vieux fermier. Mme de Kerhu-Lanascol s’éteignit en 1823 ; son fils entrait alors dans sa seizième année.

C’était un gars solide, bâti à chaux et à sable, les traits gros, et qui n’avait conservé de son origine patricienne que la finesse des extré-