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devenait très mystérieuse ou, plus exactement, n’était qu’une formule spécieuse déguisant la difficulté, comme la vertu dormitive attribuée à l’opium par le candidat médecin de Molière.

Ces théories anthropomorphiques avaient eu leur retentissement dans l’étude des protozoaires ; Ehrenberg[1] avait vu un homme dans les plus simples d’entre eux, ou du moins il avait considéré leur organisation interne comme très complexe. On sait qu’il décrivit dans ces animaux une grande quantité de vessies stomacales pendant en forme de grappe à un boyau très élastique et très difficile à apercevoir ; il basa sur la conformation de ce boyau une classification des infusoires. Il annonça même que, dans ce système intestinal, se faisait une sécrétion de bile… etc.

Les descriptions d’Ehrenberg furent accueillies avec enthousiasme parce qu’elles cadraient admirablement avec la tendance anthropomorphique de l’époque, et notre grand Dujardin rencontra une opposition très vive quand il annonça les résultats de ses observations[2] ; tous les organes décrits par Ehrenberg n’existaient pas ; les protozoaires les plus simples étaient formés d’une substance semi-fluide, la sarcode[3], dans laquelle on ne pouvait supposer l’existence d’appareils analogues à ceux des animaux supérieurs, mais qui, cependant, était douée de vie. C’est de cette merveilleuse conception qu’est issue l’école bio chimique.

  1. Ehrenberg, Die Infusionsthierchen als vollkommene Organismen. Leipzig, 1838.
  2. Dujardin, Recherches sur les organismes inférieurs, plusieurs mémoires depuis 1835 dans Ann. sc. nat., et enfin, Histoire naturelle des Infusoires, Paris, 1841.
  3. Appelée plus tard, en Allemagne, du nom de protoplasma, qui a prévalu.