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les oiseaux, mais dont les œufs et les larves sont bien protégés, sont beaucoup plus nombreuses que telle autre espèce d’insecte beaucoup mieux armée à l’état adulte…

Avant de quitter ce sujet de la sélection naturelle, je veux montrer par un exemple très simple comment peuvent se fixer des caractères en apparence inutiles et ayant même tout l’aspect d’objets de luxe[1] :

« Certaines plantes sécrètent une liqueur sucrée, apparemment dans le but[2] d’éliminer de leur sève quelques substances nuisibles. Cette sécrétion s’effectue, parfois, à l’aide de glandes placées à la base des stipules chez quelques légumineuses et sur le revers des feuilles du laurier commun. Les insectes recherchent avec avidité cette liqueur, bien qu’elle se trouve toujours en petite quantité ; mais leur visite ne constitue aucun avantage pour la plante. Or supposons qu’un certain nombre de plantes d’une espèce quelconque sécrètent cette liqueur ou ce nectar à l’intérieur de leurs fleurs. Les insectes en quête de ce nectar se couvrent de pollen et le transportent alors d’une fleur à une autre. Les fleurs de deux individus distincts de la même espèce se trouvent croisées par ce fait ; or le croisement, comme il serait facile de le démontrer, engendre des plants vigoureux qui ont la plus grande chance de vivre et de se perpétuer. Les plantes qui produiraient les fleurs aux glandes les plus larges et qui, par conséquent, sécréteraient le plus de liqueur

  1. Lisez dans Wallace, op. cit., p. 283, l’admirable explication de la structure d’une orchidée par la sélection naturelle.
  2. Toujours ces métaphores qui ont fait porter contre Darwin l’accusation injuste de téléologisme. Les substances R exsudent naturellement par diffusion en certains endroits de la plante (voir Théorie nouvelle de la vie).