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continuation de l’espèce et le maintien du nombre moyen des individus, des couvées nombreuses sont superflues. En moyenne, tous les petits, sauf un seul, deviennent la proie des faucons, des vautours, des chats sauvages et des belettes, ou bien périssent de froid ou de faim pendant l’hiver[1]. »

Il est donc bien certain que, chez les oiseaux, la sélection naturelle a un vaste champ d’action ; elle en a encore un plus considérable chez les êtres qui, comme les harengs, pondent annuellement des milliers d’œufs ! Mais, Darwin le fait très honnêtement remarquer, il doit y avoir, pour tous les êtres, de grandes destructions accidentelles qui n’ont que peu ou pas d’influence sur l’action de la sélection naturelle. « Par exemple, beaucoup d’œufs ou de graines sont détruits chaque année ; or la sélection naturelle ne peut les modifier qu’autant qu’ils varient de façon à échapper aux attaques de leurs ennemis. Cependant, beaucoup de ces œufs ou de ces graines auraient pu, s’ils n’avaient pas été détruits, produire des individus mieux adaptés aux conditions ambiantes qu’aucun de ceux qui ont survécu[2]. » Ici, il me semble que Darwin se fait une objection gratuite ; la sélection naturelle agit de la même manière aux différentes époques de la vie et telle variété moins bien douée à l’état adulte, pourra l’emporter dans un pays sur telle autre qui, sous la forme d’œufs ou de larves, aura présenté moins de résistance aux causes accidentelles de destruction.

L’avantage de la protection peut se faire sentir de n’importe quelle manière à n’importe quelle époque de la vie. Les inoffensives tipules, proie facile de tous

  1. Wallace, La sélection naturelle, p. 31.
  2. Darwin, op. cit., p. 93.