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Page:Lazare - L’Antisémitisme, 1894.djvu/393

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core. Ils durent à ce mutuel appui de ne point souffrir des changements extérieurs, et, lorsque les royaumes goths et germains se furent assis, les communautés juives conservèrent quelque temps encore une certaine autonomie, elles jouirent d’une juridiction spéciale, et dans ces organisations nouvelles, elles constituèrent des groupements commerciaux, dans lesquels se perpétua encore la séculaire solidarité. À mesure que les peuples devinrent plus hostiles aux Israélites, à mesure que s’aggravèrent pour eux les législations, à mesure que la persécution grandit, cette solidarité augmenta. Les procès parallèles, l’un extérieur, l’autre intérieur, qui aboutirent à parquer Israël dans l’étroite enceinte de ses juiveries, renforcèrent son esprit d’association. Retirés du monde, les Juifs augmentèrent la force des liens qui les unissaient, la vie commune accrut leur désir et leur besoin de fraternité : les ghettos développèrent l’associationnisme juif. D’ailleurs les synagogues avaient gardé leur autorité. Si les Juifs étaient soumis aux dures lois édictées par les royaumes et les empires, ils avaient un gouvernement propre, des conseils d’anciens, des tribunaux aux décisions desquels ils se soumettaient, et leurs synodes généraux défendaient même, sous peine d’anathème, à un Israélite de traduire un coreligionnaire devant un tribunal chrétien[1]. Tout les poussa à s’unir

  1. Ces synodes furent réunis à partir du douzième siècle, c’étaient les premières réunions rabbiniques depuis la clôture du Talmud. Jacob Tam (Rabbenou Tam), le fondateur de l’école des Tossafistes, provoqua la réunion de ces synodes, qui délibérèrent sans doute des moyens de résister aux persécutions.