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A cette époque de grands bouleversements et de reconstructions, au moment où les nations se modifiaient, où les gouvernements se transformaient, où des principes nouveaux s’établissaient, où s’élaboraient de nouvelles conceptions sociales, morales et métaphysiques, ils furent les seuls à être libres. Ils étaient sans attaches aucunes avec ceux qui les entouraient ; ils n’avaient pas d’antique patrimoine à défendre, l’héritage que l’ancienne société laissait à la société naissante n’était pas le leur ; les mille idées ataviques qui liaient au passé les citoyens des États modernes ne pouvaient influer en rien sur leur conduite, sur leur intellectualité, sur leur moralité : leur esprit n’avait pas d’entraves.

J’ai montré que leur libération ne put pas les changer et que nombre d’entre eux regrettèrent leur isolement passé, mais si encore ils s’efforcèrent de rester eux-mêmes, s’ils ne s’assimilèrent pas, ils s’adaptèrent merveilleusement en vertu même de leurs tendances spéciales aux conditions économiques qui régirent les nations dès le commencement de ce siècle.

La Révolution française fut, avant tout, une Révolution économique. Si on peut la considérer comme le terme d’une lutte de classes, on doit aussi voir en elle l’aboutissant d’une lutte entre deux formes du capital, le capital immobilier et le capital mobilier, le capital foncier et le capital industriel et agioteur. Avec la suprématie de la noblesse disparut la suprématie du capital foncier, et la suprématie de la bourgeoisie