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suite des décisions du congrès, se montrèrent fort dures pour les Israélites. Lubeck et Brème les expulsèrent ; Francfort fit comme Rome, elle les enferma de nouveau dans leurs anciens quartiers[1]. Aux mesures légales correspondirent naturellement des mouvements populaires. A cette heure où le patriotisme était fort excité, toute limitation des droits des étrangers était bien accueillie ; or les Juifs étaient comme toujours les étrangers par excellence, ceux qui représentaient le mieux les étrangers nuisibles et aussi, vers 1820, c’est-à-dire au moment où cet état d’esprit atteignit son paroxysme, la foule, en maints endroits, se rua sur les Juifs et, si elle ne les massacra pas, elle les maltraita fortement.

Les trente années qui suivirent la disparition de Napoléon ne virent donc pas de grands progrès pour les Juifs. En Angleterre où cependant ils étaient assez libéralement traités en fait, ils étaient toujours considérés comme des dissidents, et soumis — comme les catholiques d’ailleurs — à certaines obligations. Ce n’est que petit à petit qu’ils virent se modifier leur condition, et l’histoire de leur émancipation est un épisode de la lutte entre la Chambre des Communes et celle des Lords. C’est seulement en 1860 qu’ils furent assimilés complètement aux autres citoyens anglais.

En Autriche ils avaient été en partie émancipés

  1. Les Juifs à ce moment intentèrent un procès à la ville de Francfort pour contester la légalité des décisions de la ville. Ce procès fut l’occasion de violentes polémiques antijuives.