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Page:Lazare - L’Antisémitisme, 1894.djvu/216

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Juifs hollandais jouissaient d’importants privilèges et d’une assez grande liberté : la Révolution ne fut que la cause déterminante de leur totale libération. En Italie et en Allemagne ce furent les armées de la République et de l’Empire qui apportèrent aux Juifs l’émancipation. Napoléon devint le héros et le dieu d’Israël, le libérateur attendu, celui dont la main puissante abattait les portes du ghetto. Il entra dans toutes les villes aux acclamations des Juifs — la façon dont Henri Heine l’a célébré nous en est un témoignage — qui sentaient bien que leur cause était liée au triomphe des aigles. Aussi, après la chute de Bonaparte, les Juifs furent-ils parmi les premiers qu’atteignit la réaction napoléonienne. Avec l’exaltation du patriotisme coïncida un retour à l’antijudaïsme. L’émancipation était une œuvre française, on la devait donc trouver mauvaise, elle était en outre une œuvre révolutionnaire, et on réagissait contre la révolution et les idées égalitaires. En même temps qu’on restaurait l’état chrétien, on en chassait les Juifs. C’est en Allemagne surtout que l’antique conception religieuse de l’État revécut avec un éclat nouveau, c’est surtout aussi en Allemagne que l’antijudaïsme se manifesta plus vivement, mais la renaissance de la législation antijuive fut générale. En Italie on retourna à la législation de 1770 ; en Allemagne, le congrès de Vienne abolit toutes les dispositions impériales relatives aux Juifs, ne leur laissant que les droits octroyés par les gouvernements allemands légitimes. Les villes, les communes, à la