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Page:Lazare - L’Antisémitisme, 1894.djvu/170

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de Franck qui se déclaraient les ennemis des docteurs de la loi. Toutefois ces adversaires des rabbanites étaient impuissants à tirer les Juifs de leur abjection. Il fallut, pour commencer cette œuvre, qu’un homme, juif en même temps que philosophe, Moïse Mendelssohn, opposât au Talmud la Bible. Il la traduisit en allemand en 1779 : grande révolution ! C’était le premier coup porté à l’influence rabbinique. Aussi les talmudistes qui avaient jadis voulu assassiner Kolkos et Spinoza, attaquèrent-ils violemment Mendelssohn et interdirent sous peine d’excommunication la lecture de la Bible qu’il avait traduite. Ces colères furent vaines. Mendelssohn fut suivi ; des jeunes gens, ses disciples, fondèrent un journal, le Meassef, qui défendait le nouveau judaïsme, essayait d’arracher les Juifs à leur ignorance et à leur avilissement, et préparait leur émancipation morale. Quant à l’émancipation politique, la philosophie humanitaire du dix-huitième siècle travaillait à la rendre possible. Si Voltaire fut un ardent judéophobe, les idées que lui et les encyclopédistes représentaient n’étaient pas hostiles aux Juifs, puisque c’étaient des idées de liberté et d’égalité universelle. D’autre part, si, en fait, les Juifs étaient isolés dans les états, ils n’étaient pas sans avoir des points de contact avec ceux qui les entouraient.

Le capitalisme s’était développé parmi les nations ; l’agiotage et la spéculation étaient nés ; les financiers chrétiens s’y livraient avec ardeur, comme ils se