Page:Lazare - L’Antisémitisme, 1894.djvu/120

Cette page a été validée par deux contributeurs.


en rien des autres peuples, et s’ils furent d’abord une nation de pasteurs et d’agriculteurs ils en arrivèrent, par une évolution toute naturelle, à constituer parmi eux d’autres classes. En s’adonnant au commerce, après leur dispersion, ils suivirent une loi générale qui est applicable à tous les colons. En effet, sauf les cas où il va défricher une terre vierge, l’émigré ne peut être qu’artisan ou négociant, car il n’y a que la nécessité ou l’appât du gain qui le puisse contraindre à quitter le sol natal. Les Juifs donc, en arrivant dans les cités occidentales, n’agirent pas autrement que les Hollandais ou les Anglais fondant leurs comptoirs. Néanmoins, ils en vinrent assez vite à se spécialiser dans ce commerce de l’or qu’on leur a si vivement reproché depuis, et au quatorzième siècle ils sont avant tout une tribu de changeurs et de prêteurs : ils sont devenus les banquiers du monde. C’est eux que l’on charge de créer les banques de prêts populaires, c’est eux qui deviennent les prête-nom des seigneurs et des bourgeois riches, et cela était fatal, étant donné la conception particulière de l’or qu’avait l’Église et les conditions économiques qui dominèrent en Europe à partir du douzième siècle.

Le moyen-âge considéra l’or et l’argent comme des signes ayant une valeur imaginaire, variant au gré du roi qui pouvait, selon sa fantaisie, en ordonner le cours. Cette idée dérivait du droit romain qui refusait de traiter l’argent comme une marchandise. L’Église hérita de ces dogmes financiers, elle les combina avec les prescriptions bibliques qui défen-