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L’urne d’or reste close à mes mains engourdies ;
Et, par mes yeux éteints, mais non taris de pleurs,
La Muse ne fait plus sa moisson de couleurs.

Ce matin, l’air plus tiède, arrivant sous mon chaume,
Me guida vers ces prés où le zéphyr s’embaume ;
L’aveugle y vient encore, une dernière fois,
Respirer le printemps dans l’haleine des bois.
Chantez pour moi, bergers, ces beaux lieux qui vous plaisent ;
Ce n’est pas le printemps si les oiseaux se taisent.
Pour l’aveugle, chantez ! pour lui qui ne peut voir
Les cieux de rose ou d’or fleurir matin et soir.
Redonnez-moi l’aspect de la nature absente ;
Qu’aux clartés de vos vers mon âme encor la sente.
Ces bois si chers, ces prés de soleil éclatants,
Faites-les-moi revoir par vos yeux de vingt ans.
Dites-moi la nature et la saison nouvelle
Et le charme secret qui vous attire en elle.
Rendez-moi, tous les deux à ce hêtre adossés,
Ces combats si charmants, hélas ! et délaissés,
Ou les bergers, rivaux d’amour et de génie,
D’une double chanson mariaient l’harmonie.
La Muse aime les chants alternés ; les beaux vers
Sonnent mieux balancés sur deux modes divers.
Ouvrez la lutte, enfants ! pour prix de la victoire,
Je réserve au vainqueur une lyre d’ivoire,
Présent d’un dieu pasteur qui vécut parmi nous.
L’heureux vaincu prendra cette coupe de houx