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Page:Laprade - Les Symphonies - Idylles héroïques, Lévy, 1862.djvu/78

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Tu dors sur le granit ; ce dur chevet te rend
Plus fort à chaque halte ;
Tu manges le miel pur, tu bois l’eau du torrent,
Et ta vertu s’exalte.

Tous tes sens ont grandi : ton œil voit des éclairs
Où tu ne voyais qu’ombre ;
Ton oreille, au milieu du silence des airs,
Entend des voix sans nombre.

Tu saisis les regards que, la nuit, chaque fleur
Adresse à chaque étoile ;
Le front mystérieux de l’astre de douleur
Devant toi se dévoile.

Avant que nul n’ait vu sur la feuille des bois
La perle déposée,
Tu sens couler d’en haut sur la lèvre et tu bois
L’impalpable rosée.

Tu démêles dans l’air les rapides odeurs
Des fleurs les plus lointaines ;
Et tes pieds sous le sol, mieux que tous les sondeurs,
Devinent les fontaines.

Autour de toi tu sens affluer l’infini ;
Et ces ondes sonores,
Ce torrent de parfums à la lumière uni,
Entrent par tous tes pores.