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Page:Laprade - Les Symphonies - Idylles héroïques, Lévy, 1862.djvu/383

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C’est le front de la terre où dort l’âme du fleuve.
Les fécondes sueurs où tout germe s’abreuve
Jaillissent de là-haut ; et l’être, à grands flots, sort
De ces monts recouverts du linceul de la mort.



LE GLACIER


L’esprit des eaux, caché dans son beau corps de neige,
Conserve tout l’hiver son immuable siège
Posé sur les sommets ;
Sa statue au front blanc, calme, solide et pure,
Semble un dieu qui s’assied à part dans la nature
Pour dormir à jamais.

Elle y forme des monts l’impassible couronne ;
Le nuage empourpré d’un manteau l’environne,
La lune s’y suspend,
Et la foudre du ciel, qui tonne à côté d’elle,
Sillonnant les glaciers sans qu’une onde en ruisselle,
S’éteint en les frappant.

Mais qu’un soleil ami caresse enfin la cime,
Le rocher devient flot, le dieu marche et s’anime
Sur son trône argenté ;
L’esprit des eaux s’épanche avec un bruit sauvage,
Et, roulant vers la plaine, y porte le ravage…
Ou la fertilité.