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Page:Laprade - Les Symphonies - Idylles héroïques, Lévy, 1862.djvu/359

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Et, comme un fils en pleurs tiré d’un mauvais rêve,
Dans la réalité le réveille et l’enlève.

Il monte, il voit là-bas fuir nos sanglants sommets
Témoins des noirs combats terminés à jamais ;
Il respire, et, baigné d’une clarté croissante,
Se sent vivre, étonné de la douleur absente.
Il monte, il monte ; il voit, dans son joyeux essor,
Tourbillonner sous lui, comme une neige d’or,
Tout ruisselants de vie et pressés dans l’espace,
Les rapides soleils qu’en son vol il dépasse.
En mille sons divers, vibrant sur leurs essieux,
De leur musique immense ils remplissent les cieux.
Sur ce clavier, docile aux doigts de l’invisible,
Plane de Béatrix la voix pure et paisible ;
Et l’esprit de Konrad, libre enfin de son corps,
S’élève, enveloppé de ces divins accords.



BÉATRIX


Gloire au cœur téméraire épris de l’impossible,
Qui marche, dans l’amour, au sentier des douleurs,
Et fuit tout vain plaisir au vulgaire accessible.

Heureux qui sur sa route, invité par les fleurs,
Passe et n’écarte point leur feuillage ou leurs voiles,
Et, vers l’azur lointain, tournant ses yeux en pleurs,