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Page:Laprade - Les Symphonies - Idylles héroïques, Lévy, 1862.djvu/253

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Jamais je n’ai subi les orages du cœur
Sous ces rameaux sacrés dont j’aspirais la sève ;
Dans nos sentiers amis quand je retourne en rêve,
Je n’y revois passer que ma mère et ma sœur.

Ignore, ô cher pays ! mes vers et mon nom même ;
Mais donne-moi ma part de soleil et d’air pur.
Où l’on se sent heureux, il est doux d’être obscur :
Garde-moi seulement le cœur de ceux que j’aime.

Si pourtant de l’oubli mon œuvre se défend,
S’il s’attache à mon nom quelque gloire modeste,
Alors, rappelle-toi que je suis ton enfant,
Que tu m’as fait poëte, et que l’honneur t’en reste.

Donne à mon souvenir quelque humble monument ;
Que la mort me ramène en un lit que j’envie,
Au pied des monts si chers d’où m’a chassé la vie,
Et vers qui mon espoir s’élance à tout moment.

Là, j’ai rêvé la tombe où je voudrais descendre ;
Là, d’avance, implorant le suprême repos,
Je voudrais rapporter la maternelle cendre,
Pour que les os des miens s’y mêlent à mes os.

Toi, dont le vieux granit survit à tous les marbres,
Terre où nous dormirons dans l’éternelle paix,
Fais sur nous verdoyer tes gazons plus épais ;
Fais, dans l’air frémissant, chanter tes plus grands arbres.