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Page:Laprade - Les Symphonies - Idylles héroïques, Lévy, 1862.djvu/252

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Que nul, pour me complaire, en s’efforçant, n’y cause
De livres et d’auteurs, de systèmes nouveaux ;
Mais admire avec moi sa terre et ses travaux,
Et, sur chaque rosier me coupant une rose,

Me dise ses projets pour le futur printemps,
Combien de chars de blé sont entrés dans ses granges,
Quel nectar il espère aux prochaines vendanges,
Quel miracle aux pêcheurs promettent ses étangs.

Chez toi, je ne viens pas pour glaner quelque feuille
De ces douteux lauriers tressés d’un doigt moqueur ;
Plus saine, ô cher pays ! et plus douce à mon cœur,
Dieu me fait la moisson qu’en tes champs je recueille.

Sur la bruyère en fleur, sous les pins odorants,
J’y respire à longs traits l’air pur et la lumière ;
Dans l’enclos séculaire, autour des bancs de pierre,
J’y vais interroger l’ombre des vieux parents.

C’est là qu’ils ont vécu comme je voudrais vivre,
Laborieux et fiers, obscurs, mais sans remords,
Traçant devant leurs fils le sillon qu’il faut suivre,
Et marchant, le front calme, à d’héroïques morts.

Si, chez toi, loin du siècle et des modernes fanges,
Je vivais de repos, d’ombre et de souvenir,
Mon livre, sous ce chêne où je viens rajeunir,
Serait digne de l’œil des enfants et des anges.