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LES TORRENTS


Prêtant ses fureurs à ta haine,
Le torrent se gonfle à ta voix ;
Il court en grondant vers la plaine,
Par la cime où furent les bois.
Tremblez, humains, stupide engeance !
C’est nous qui sommes la vengeance
Des monts dépouillés jusqu’aux os.
Vos désirs, qui lui font injure,
Ont forcé la sainte nature
A déchaîner les grandes eaux.

La trombe éclate, et sur la pente
Qu’abritaient les chênes divins,
Vos champs où la vigne serpente
Sont emportés dans les ravins.
Le sol, œuvre de mille années,
Les chaumières déracinées,
Les sapins croulant des hauteurs,
La glèbe arrachée aux collines
Vont enfouir sous les ruines
La cité des profanateurs.

Aide, ô foudre, à notre colère !
Frappe aussi le glacier d’azur !
Car l’homme, aujourd’hui, ne tolère
Rien, de sublime et rien de pur.