Page:Laprade - Les Symphonies - Idylles héroïques, Lévy, 1862.djvu/202

Cette page n’a pas encore été corrigée



Sur les prés rougissants où s’allonge votre ombre,
Semble aux cornes d’ébène attacher un soleil.

Vers l’astre qui descend, tournant un front superbe,
Couchés en demi-cercle et fermant vos grands yeux,
Tandis que l’enfant joue entre vos pieds dans l’herbe,
Vous ruminez en paix, semblables à des dieux !

Vous êtes, comme ils sont, patients et terribles,
Bienfaisants, comme ils sont pour nous, ingrats mortels !
Et le sage Orient vous dressa des autels,
L’Orient, qui voyait vos vertus invisibles !

Mais l’esprit de nos jours, sombre ennemi du beau,
Et dont l’étroit savoir insulte à la nature,
De sa difformité posant partout le sceau,
A corrompu ta race, ô noble créature !

Dans ces monstres épais qu’il te donne pour fils,
Je cherche, hélas ! en vain, ta fierté disparue.
Lui déjà, dans son rêve, ô vieux roi de Memphis,
Il t’arrache aux honneurs de l’antique charrue !

Entends, au bout des prés, cet affreux sifflement :
C’est ton rival qui passe, et le monde l’acclame.
Doux et noble ouvrier, place au vil instrument ;
Place au corps monstrueux qui vient détrôner l’âme.