Page:Laprade - Les Symphonies - Idylles héroïques, Lévy, 1862.djvu/201

Cette page n’a pas encore été corrigée



Laissez-moi donc flatter votre rude poitrail ;
Je vous aime entre tous, ouvriers des vieux âges :
Votre exemple est offert aux plus forts, aux plus sages ;
Soyez bénis, taureaux, symbole du travail.

Pour m’instruire avec vous, j’ai quitté les retraites,
Les bois qui me parlaient, animés par les vents ;
C’est vers vous que me guide, entre tous les vivants,
L’esprit qui me choisit mes amitiés secrètes.

Vos pieds noirs et cambrés sont durs comme l’airain ;
J’aime en un droit sillon leur pesanteur sacrée.
La force m’apparaît, une force qui crée,
Devant vos larges fronts à l’air morne et serein.

Qu’un autre soit jaloux du coursier ou de l’aigle !
Je vois d’aussi près qu’eux l’inaccessible azur,
Quand près de mes taureaux je marche d’un pied sûr,
Entre le bois de hêtre et la moisson de seigle.

Du pas lourd des grands bœufs, du bruit sourd des forêts,
J’écoute avec amour la lenteur cadencée ;
C’est ainsi que je sens, dans mes instincts secrets,
Cheminer vers le but mes vers et ma pensée.

J’aime la majesté de votre doux sommeil,
Quand la splendeur du soir, dorant votre poil sombre,