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Page:Laprade - Les Symphonies - Idylles héroïques, Lévy, 1862.djvu/166

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Fuis donc, et bien loin ! toi qui tiens au culte
Des grands souvenirs et du toit natal ;
Va cacher ton nom sensible à l’insulte,
Et soustrais ton cœur au siècle brutal.

Fuis les temps nouveaux ; ce sol te repousse !
Il faudra mourir loin, sous d’autres cieux ;
Toi qui trouverais la tombe si douce
Auprès de ta mère et de tes aïeux.

Tu connus, au moins, les pleurs et la joie
Devant ce manoir, même abandonné ;
Tes enfants, jetés dans une autre voie,
Iront sans savoir où leur père est né.

Malheur à ton fils s’il a l’âme fière,
S’il a gardé pur le sang dont il sort !
Sa maison n’a plus une seule pierre
Pour marquer la fosse où sa mère dort.

Après son exil, au moins, l’hirondelle
Revient, sous le chaume, à son même nid ;
Toi, tu partiras, moins heureuse qu’elle,
Pour ne plus revoir ta tour de granit.

Nul homme, aujourd’hui, ne sème et ne cueille
Comme ses aïeux au même sillon ;