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Page:Laprade - Les Symphonies - Idylles héroïques, Lévy, 1862.djvu/116

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Nous chantons ; le vin vieux, à défaut de soleil,
Pendant les noirs hivers tient les cœurs en éveil.
Ainsi chaque saison, qu’un Dieu bon nous ramène,
Nous apporte un plaisir aussi bien qu’une peine.



LE POÈTE


Ah ! j’ai trop éprouvé quel partage inégal,
En mesurant nos jours, grossit la part du mal !
Les hommes sont mauvais, et les destins sont pires,
Mais la nature, au moins, n’a pas de faux sourires ;
Vois-tu le vague ennui sur son front répandu ?
Moi, je n’y cherche pas l’espoir que j’ai perdu ;
Mais, à défaut d’une onde où je me désaltère,
Le désert à ma soif offre une ivresse austère,
Et, plongé dans son sein par l’inconnu rempli,
J’y respire à longs traits le vertige et l’oubli.



LE PÂTRE


Ta voix me trouble, ami, ta parole est funeste.
Tu souffres, je le vois ; ta pâleur me l’atteste ;
Tu souffres, je te plains et ne te comprends pas.
Le remède à ton mal, Dieu me le cache, hélas !
Je te plains ; mais pourquoi, dans tes peines sans cause,
Ne rien voir que le mal au sein de toute chose ?
La nature, où tu viens savourer tes douleurs,
Sourit quand ton orgueil lui commande les pleurs ;