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LE MANDARIN.

prendre rang au-dessus de la foule, s’il nie l’aristocratie intellectuelle. En effet, pourquoi tenter de s’élever au-dessus du prochain, si le prochain reste votre égal ? L’intrigue seule en en aura le désir et le goût. Lorsque l’égalité règne dans un pays, la nation peut accomplir de grandes révolutions, de grands progrès matériels, mais l’homme y est abaissé, l’individu sacrifié, la minorité impuissante.

— C’est au contraire dans les sociétés démocratiques, repartit l’économiste, que l’individualisme se développe avec le plus d’énergie, à tel point que c’est la principalement le vice qui mène ces sociétés à leur ruine.

— L’individualisme est un grand vice, dit le mandarin, quand il se développe dans le sens du bien-être matériel. L’homme n’a plus alors qu’une passion : l’argent ; car il n’y a plus pour lui qu’une puissance, qu’une joie et qu’une certitude : l’argent ! qu’une supériorité et qu’une religion : l’argent ! Il devra l’acquérir de toutes manières, par le mensonge, par le vol et par le crime. Lorsqu’il n’y a point de castes reli-