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LE MANDARIN.

a travers un appareil de photographie ou quelque machine à fondre le silex. Mais qu’on y regarde mieux, l’esprit dirige la machine et domine toujours la matière ; je ne ne le vois emporté par aucun moteur étranger à l’idée.

— Les créateurs sont morts, dit tristement Martial, et nous sommes destinés à reproduire éternellement.

— Que la création artistique s’arrête donc ! repartit l’économiste, jusqu’à ce que l’industrie et la science se soient élevées au niveau de l’art. Nous ne perdrons pas pour cela le sentiment de la beauté ; au contraire, nous le ferons pénétrer au sein des masses. Reproduisons les chefs-d’œuvre existants jusqu’à ce que du sein de la foule des créateurs nouveaux surgissent. Le progrès n’est pas dans l’art aujourd’hui : que les artistes s’inclinent pour se relever demain !

— Monsieur, dit le mandarin, vous touchez du doigt une des grandes plaies de l’humanité, sans y apporter remède. Vous venez de trahir le secret de l’agonie du peuple chinois. C’est l’imitation de nos ancêtres dans l’art et dans les