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LE MANDARIN.

« Entendez-vous le sifflement précurseur de mes éruptions ? Mon sein a tressailli et gronde ; de sourds mugissements semblables aux lointains orages répètent mes cris à tous les échos.

« La fumée s’échappe de mes flancs, noire et épaisse. Ma cendre brûlante dévaste et incendie tout ce que la main de l’homme élève autour de moi. Voici le feu ! La lave bouillonnante jaillit de mon sein déchiré, portant sur son passage la destruction et la mort…

« Le temps finit par m’éteindre, je suis l’image de la passion ! »


Pé-Kang s’arrêta.

— Encore, toujours ! lui dirent ses amis.

Il continua ainsi :


Écoutez ce que chante la mer ; sa voix domine celle du vent :

« En me berçant, parfois je m’endors ; malheur au pilote trompé par mon calme !

« Je murmure d’abord comme l’enfant qui s’éveille ; puis, reprenant conscience de mon énergie, je me soulève avec violence et je déverse sur les grèves mes lames mugissantes : j’ai honte de m’être endormie !