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LE MANDARIN.


Pé-Kang se tint prêt, et, à l’heure dite, il vit arriver son ami. Didier aimait à trouver l’occasion de faire l’éloge de cette honnête et humaine vertu de l’exactitude qu’il pratiquait et prêchait à tous allants et venants.

Le cercle de Didier était peut-être un peu plus sombre et un peu plus enfumé qu’aucun autre cercle de Paris.

À son entrée, le mandarin fut pris à la gorge et toussa trois fois comme au début d’un grand discours ; ses yeux troublés s’égarèrent au milieu des spirales fumeuses qui emplissaient l’atmosphère du cercle. En marchant, il découvrit quelques hommes graves et silencieux dont le profond recueillement le fit sourire.

— Tous les fumeurs se ressemblent, dit le jeune Chinois à son ami, et vos fumeurs de tabac ne me paraissent avoir rien à envier à nos fumeurs d’opium ; leur apathie, leur indifférence, je dirais presque leur immobilité, est la même.

— Vous vous trompez, répondit le philosophe.

Puis entraînant le mandarin jusqu’au fond de la salle, il le conduisit vers une table sur laquelle