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LE MANDARIN.

— Comment cela ?

— La femme, ajouta Durand, fait aujourd’hui marché de son corps ; elle force celui-là même qui lui refuse la rémunération d’un travail honnête, a venir déposer dans sa main inactive des poignées d’or. Les vierges de toutes les conditions se vendent aujourd’hui. Qu’il dépose un contrat ou un portefeuille dans le boudoir ou dans la chambre nuptiale, l’homme, le jour où il prend possession de la femme dont il a fait une marchandise, est obligé de payer comptant ou à terme. Mais que devient, hélas ! au milieu de ces marchés, le flambeau du monde, la lumière des lumières, le pur amour ? Toutes les femmes sont devenues plus ou moins courtisanes, toutes cherchent à placer à gros intérêts leur beauté, leur fidélité, ou la dot qu’elles apportent.

— N’exagérez-vous pas ? dit le mandarin.

— Le siècle, reprit Durand, pousse l’homme aux choses matérielles ; la femme pourrait l’arrêter, elle l’entraîne. Va ! dit l’épouse à l’époux, marche tout le jour et ne rêve pas, après une longue journée de travail, une intime causerie