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LE MANDARIN.

— Cher Prosper, répondit le savant, je vais à peu près bien ; mais c’est vous qui me paraissez souffrant ou affecté. On dit que vous fuyez vos amis. Auriez-vous quelque sujet de tristesse ?

— Je suis capricieux, voilà tout ; et de plus je travaille d’une façon révoltante.

— Qu’allez-vous nous donner, mon ami ?

Prosper se renversa sur son fauteuil :

— Ma mission, dit-il, est très-difficile ; j’essaie de faire pénétrer dans les masses les aspirations supérieures qui lui échappent et qui sont réellement les seuls mobiles de progrès. Les encouragements, il est vrai, ne me manquent pas ; mais le succès oblige plus qu’il n’exalte. Je suis parvenu, non sans peine, en inaugurant le système des publications à bon marché, a faire pénétrer dans les classes ouvrières l’instinct de la littérature et de la poésie ! Mon plus beau titre de gloire, c’est d’avoir donné aux classes éduquées, avec mes livres, le goût de la saine morale et de la philosophie. Pour beaucoup cela suffirait, mais j’ai l’ambition de…