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dit celui-ci ; sous peu, tous ces guerriers seront en votre pouvoir. » — Aussitôt il ordonna tous les préparatifs, laissant dix cavaliers et plusieurs nègres pour garder le butin. Il brûlait de se mesurer avec son ennemi.

Avant d’aller plus loin, il est nécessaire de faire connaître au lecteur l’armée qui s’avançait. Kaled, parti avec cinq mille guerriers et les deux chefs Kaiss-Eben-Mouchek et Mehdi-Karab pour attaquer Beni-Amar, avait trouvé le pays désert. Les habitants, prévenus, s’étaient retirés dans les montagnes avec leurs richesses. Il n’avait donc fait aucun butin ; et comme il revenait sans avoir pu prendre un seul chameau, ses compagnons l’avaient engagé à aller surprendre la tribu Beni-Abess, la plus riche du pays. Kaled, ayant pris la route de cette tribu, avait rencontré le camp du père d’Ablla, l’avait attaqué, et, après un jour entier de combat, s’était emparé des guerriers qui le composaient, ainsi que des femmes et des troupeaux.

Ablla, tombée au pouvoir de Kaled, se réjouissait d’un malheur qui la sauvait du mariage que son père voulait la forcer de contracter avec un de ses parents, nommé Amara, aimant mieux être prisonnière que la femme d’un autre qu’Antar. Elle ne cessait de l’appeler, en disant : — « Cher Antar, où êtes-vous ? Que ne pouvez-vous voir dans quelle position je me trouve ! » — Kaled ayant demandé à un des prisonniers quelle était cette femme qui prononçait si souvent le même nom, celui-ci, ennemi juré d’Antar, avait répondu qu’elle s’appelait Ablla, et qu’elle avait exigé de son cousin qu’il lui amenât Djida pour tenir le licol de sa naka le jour de son mariage. — « Nous nous sommes sépa-