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priéte. Elle est du plus beau granit rouge, tacheté de bleu et de blanc ; elle a soixante-deux pieds de haut sur dix de circonférence. Les Palmyriens, voyant notre goût pour les monuments, nous indiquèrent un endroit curieux, à une heure et demie de marche, où l’on taillait anciennement les colonnes, et où se trouvent encore de très-beaux fragments. Trois Arabes s’engagèrent à nous y conduire, moyennant dix piastres. Le chemin est parsemé de fort belles ruines, décrites, je présume, par d’autres voyageurs. Pour nous, nous remarquâmes une grotte dans laquelle il y avait une très-belle colonne en marbre blanc taillée et ciselée, et une autre seulement terminée à moitié. On dirait que le temps, qui a détruit de si grandes magnificences, a manqué pour placer la première et achever la seconde.

Après avoir parcouru plusieurs grottes et visité les environs, nous revînmes par un autre chemin. Nos guides nous montrèrent une belle source encombrée de grands blocs de pierre : on l’appelle Aïn Ournus. Ce nom frappa Scheik-Ibrahim, qui parut y penser pendant le reste du chemin. À la fin, m’ayant appelé : « J’ai découvert, me dit-il, ce que veut dire le nom de Ournus. Aurelianus, empereur romain, vint assiéger Palmyre et s’emparer de ses richesses : c’est lui, je suppose, qui aura fait creuser cette source pour les besoins de son armée pendant le siége, et cette source aura pris son nom, devenu, par suite du temps, Ournus. » Selon mes faibles connaissances de l’histoire, la conjecture de Scheik-Ibrahim n’est pas sans fondement.

Les habitants de Palmyre ne s’occupent guère de culture ; leur principal travail est l’exploitation d’une saline,