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LE DESTIN DES HOMMES

la honte montait à la figure de la jeune femme. Par contre, la vieille grand-mère était toute réjouie, épanouie.

— Ça, c’est un homme pas gênant et pas gêné, un homme sans cérémonie, déclara-t-elle en regardant admirativement le mari de sa petite-fille.

Après avoir mangé, les invités allèrent voir la maisonnette des nouveaux mariés. Ils la visitaient curieusement, comme les gens qui pénètrent dans les tentes des phénomènes qui accompagnent les cirques.

— Elle va avoir un joli nid, la poulette, déclara avec un sourire la tante Philomène en regardant les nouveaux époux qui faisaient les honneurs de leur chez-soi. En entendant cela, Lucienne ressentit un coup comme si on lui eût écrasé un cor.

Suivaient des compliments :

— Tu vas avoir un joli logement.

— Tu as une coquette petite maison. Tu vas être bien heureuse, là-dedans.

En réalité, avec sa fraîche toilette et ses meubles neufs, le petit logis était charmant, avec sa chambre à coucher rose, le vivoir bleu pâle et la cuisine crème. Des pièces couleur des nuages.

Après avoir visité la maisonnette, les invités examinaient le jardinet et allaient se soulager au bord de la rivière. Mais ils ne se décidaient pas à partir. Ils allaient faire un tour dans les environs, puis revenaient.

— Ils ne partiront pas tant qu’il restera une bouchée à manger, tant qu’ils n’auront pas bu jusqu’à la dernière goutte de la dernière bouteille de bière, déclara Lucienne, qui était toute sur les nerfs, fatiguée et crispée.

Avant de s’en aller, ils dévastèrent le jardinet. Comme venait de le dire Lucienne, lorsqu’ils se décidèrent finalement à quitter la place, il ne restait pas une croûte de