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LE DESTIN DES HOMMES

gaire, sans aucun attrait, qui, franchement, l’horripilait. Maintenant, il fallait dénicher une maison.

Toutes leurs recherches furent vaines. Il y avait disette de logements. Trouver à s’installer quelque part était un problème très ardu.

C’est alors que le père de la fille intervint.

— Si tu voulais, dit-il à Lucienne, je pourrais transformer le poulailler et t’en faire une petite maison confortable et très convenable.

La fille hésitait. Quand on se marie et qu’on a annoncé son mariage à tout le monde, avouer ensuite qu’on va habiter un poulailler est un peu humiliant. Mais elle savait par expérience que, dans la vie, l’on ne fait pas toujours ce que l’on veut. Alors, elle se décida.

— C’est bon, dit-elle, arrange-nous ça pour que ça ne paraisse pas trop mal.

— Je ne peux changer l’extérieur, mais l’intérieur formera un joli appartement, assura-t-il. Ça pressait. Alors le père mit deux charpentiers-menuisiers à l’œuvre. Pendant une semaine, l’on entendit la symphonie des égoïnes sciant les planches et des marteaux enfonçant des clous. Puis ce furent les peintres qui entrèrent en scène. Au bout de quinze jours, tout était terminé. Le poulailler était prêt à recevoir les futurs mariés.

Pendant que l’on préparait son logement, Lucienne avait la mort dans l’âme. Elle souffrait de dépression nerveuse et sa mère se demandait si elle allait résister jusqu’au jour du mariage ou si ses nerfs n’allaient pas se briser. Terriblement abattue, elle allait et venait constamment comme le condamné à mort qui arpente sa cellule en se disant que, chaque jour, chaque minute même le rapproche de l’heure fatale. Les voisins qui la voyaient agir ainsi se di-