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LE DESTIN DES HOMMES

— Bien, ma poule, je suis content de t’entendre parler comme ça. Si tu veux être ma femme, je serai un bon mari pour toi.

— Alors, c’est entendu. Mais j’aimerais me marier bientôt.

— Je ne demande pas mieux. Disons dans un mois, pour me donner le temps de faire les préparatifs : louer une maison, acheter des meubles, m’habiller, etc.

— C’est bon, on se mariera dans un mois. Maintenant, embrasse-moi. Puis, comme je suis sûre que tu as mal déjeuné ce matin, je vais te faire des crêpes.

Par dépit, Lucienne avait brûlé ses vaisseaux. Elle s’était engagée à épouser un homme pour qui elle n’avait pas d’amour, mais elle voulait prouver à Raymond Lafleur, son ancien ami, qu’elle était capable de trouver quelqu’un d’autre pour mari. Tout le jour elle fut cajoleuse, mais elle avait la mort dans l’âme, était effroyablement déprimée, démoralisée.

— Maintenant, recommanda-t-elle le soir à son fiancé, occupe-toi de trouver une maison, un petit logement, un appartement de quelques pièces.

— Entendu, ma poule, je vais voir à ça.

Aussitôt, Lucienne annonça à ses parents, à ses amies, aux voisins, qu’elle devait se marier dans un mois avec M. Zénon Robillard. Évidemment, elle voulait que tout le monde sache qu’elle était pour se marier. Surtout, elle voulait que Raymond Lafleur l’apprenne au plus tôt.

D’ordinaire, lorsqu’une jeune fille annonce son mariage, elle est amoureuse, elle est toute remplie de joie et de bonheur, elle fait de beaux rêves. Pas celle-ci. Dans un mois elle joindrait sa destinée, sa jeune vie, à celle d’un homme que, dès le premier jour, elle jugeait commun, vul-