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LE DESTIN DES HOMMES

prit pas ces paroles au sérieux, s’imaginant qu’elle le verrait bientôt reparaître de meilleure humeur. Un mois s’écoula et rien. Alors Lucienne se tracassa. Maintenant, elle se disait qu’elle avait été un peu dure. Également, elle reconnaissait que lorsqu’une fille veut se marier, il lui faut parfois faire des concessions.

Puis, voilà qu’un jour elle apprend que Raymond Lafleur était fiancé avec la fille d’un de ses clients, un riche hôtelier.

Et de désespoir impuissant, de dépit, elle rageait. On disait que le mariage devait avoir lieu prochainement. Alors, brusquement, sa décision fut prise. Elle épouserait Robillard. Et au plus tôt, pour ne pas donner à Raymond la satisfaction de croire que, l’ayant perdu, elle resterait vieille fille. Le soir même elle téléphona à son autre soupirant, à sa pension.

— Hello, c’est toi, Robillard ?

— Oui.

— C’est Lucienne qui parle.

— Comment ça va-t-il ?

— Comme ci, comme ça. C’est plate et ennuyant. Si t’as pas une autre blonde, viens donc faire un tour.

— C’est bon, j’irai dimanche.

Le dimanche matin, donc, il arriva pour la journée. Tout de suite, Lucienne lui parla sans détours :

— Tu sais, Robillard, j’ai réfléchi à ce que tu m’as dit le dimanche que tu es venu ici. Se marier, fonder un foyer, c’est la meilleure chose à faire. Tous deux, nous sommes à l’âge de nous mettre en ménage. Si tu es toujours dans les mêmes dispositions, je crois que nous nous entendrons facilement.