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LE DESTIN DES HOMMES

siez pas et je suis presque certain que vous me conviendriez.

— Moi-même, je vais vous parler très franchement, de mon côté, répondit Lucienne. Dans le moment, je ne suis pas libre. J’ai depuis quelque temps un ami qui me convient et en qui j’ai toute confiance. Il est arrivé le premier et je ne voudrais pas le mettre de côté, surtout que je n’ai rien à lui reprocher.

— C’est bien raisonnable, répondit-il, mais tout de même, si je passe par ici j’arrêterai une minute te dire bonjour.

« Bonsoir, Lucienne, et au revoir, j’espère », lui dit-il en partant.

— Bonsoir, Robillard, répondit-elle.

Dans la suite, il arrêta une couple de fois en passant, juste le temps de prendre de ses nouvelles.

Les amours de Lucienne et de Raymond Lafleur duraient bien depuis huit mois mais il y avait une chose qui taquinait et agaçait la fille. C’est que, depuis quelque temps, Raymond était moins régulier dans ses visites. Parfois la soirée du jeudi se passait sans qu’il se montrât et, d’autres fois, c’était le dimanche qu’il brillait par son absence. Cela irritait et inquiétait Lucienne qui adressait de vifs reproches à son ami lorsqu’il réapparaissait à la maison. Celui-ci n’était cependant pas à court d’excuses pour expliquer ses absences. Il avait toujours quelque histoire de client qui le réclamait, qui lui avait téléphoné d’urgence. Une fois, il fut dix jours sans se montrer. Lorsqu’il réapparut à la maison des Lepeau, il fut accueilli par de violents reproches. Agacé, le garçon répondit sur le même ton. Il y eut une scène orageuse et Raymond Lafleur prit son chapeau et sortit en disant qu’il ne reviendrait que lorsqu’elle serait plus raisonnable. La fille toutefois ne