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LE DESTIN DES HOMMES

la connaissaient cependant depuis longtemps Mme Rendon. Ils l’avaient aperçue pour la première fois, il y avait plus de vingt ans, alors que nouvelle mariée, elle avait rendu visite à sa mère, Mme Beauvais, dans une somptueuse automobile. Son arrivée un samedi après-midi de juillet avait fait sensation. Le dimanche, elle avait assisté à la grand’messe dans une élégante toilette, entrant dans le temple en compagnie de son mari un peu avant l’Évangile. Le curé, un vrai prêtre, avait ressenti une sainte indignation en apercevant le couple, car il se disait que l’église est un endroit pour prier Dieu, pour adorer le Tout Puissant et non pour parader avec les dernières créations de la mode. Pendant toute une semaine, la population de Lavoie avait parlé des « promeneux » de la mère Beauvais et chacun s’était accordé à dire que c’était du « beau monde ».

La mère de Mme Rendon était une femme de la ville qui, devenue veuve, avait épousé un menuisier de Lavoie. Une couple d’années après ce mariage, son mari était mort, lui laissant sa maison et une petite rente. C’était cette maison qu’occupait maintenant Mme Rendon. Celle-ci bien que née à Montréal, était partie jeune de chez elle, à la suite d’une malheureuse aventure, pour aller travailler au dehors. Pendant des années, elle avait été caissière dans un grand restaurant de Toronto. C’était là que le voyageur de commerce Armand Rendon l’avait remarquée tout d’abord, avait fait sa connaissance ensuite et l’avait épousée deux mois plus tard. C’est alors qu’avec son mari elle avait rendu visite à sa mère qu’elle n’avait pas vue depuis des années.

Par la suite, elle était revenue à maintes reprises. Ce petit village lui plaisait fort et elle admirait le paysage. La maison de la mère Beauvais était adossée à la montagne