Page:Laberge - Le destin des hommes, 1950.djvu/194

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
192
LE DESTIN DES HOMMES

leur avait fait un masque différent et ils ne parvenaient pas à se retrouver.

« Si je vous ai oubliée ? continua Massé. J’ai pensé à vous pendant quarante ans. Je me demandais où vous étiez, ce que vous étiez devenue. Mais comment se fait-il que vous n’ayez pas répondu lorsque je vous ai écrit vous demandant de venir au Canada et de devenir ma femme si vous vouliez de moi ?

— Je n’ai jamais reçu cette lettre, répondit la vieille dame.

— Et vous-même, ajouta-t-elle, pourquoi ne m’avez-vous pas révélé vos intentions lorsque je vous ai informé que je quittais l’hôpital ?

— Je n’ai jamais reçu cette lettre, déclara Massé. Devant votre silence, je suis même allé en Angleterre pour vous chercher, mais je n’ai pu vous trouver nulle part ni obtenir aucune information.

— Voilà qui est étrange fit la vieille dame. Le bureau de l’hôpital avait nommé un nouveau surintendant qui, en entrant, avait imposé de nouveaux règlements qui ne me convenaient pas non plus qu’à nombre d’autres gardes. Alors, j’ai donné un avis que je partirais dans huit jours et je vous ai écrit immédiatement. Je me rappelle parfaitement que j’ai déposé cette lettre à la poste le jour de la fête du roi.

— Ma lettre est partie le même jour pour Londres, annonça Massé. Je vous disais que j’avais reçu une offre avantageuse, que je l’avais acceptée et que je devais partir de Formont dans huit jours, juste le temps de régler mes affaires.

— Alors, nos messages sont allés au bureau des lettres mortes, déclara d’un ton de regret Isobel Brophy.