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LE DESTIN DES HOMMES

Pendant ses jours à l’hôpital, il avait renoncé aux voyages qu’il avait projetés. Il lui semblait que l’accident dont il avait été victime était un avertissement du sort de ne pas pousser plus loin ses aventures. D’ailleurs, il n’avait plus d’argent.

Pendant que le paquebot le ramenait au pays, il songeait aux moyens à prendre pour augmenter le chiffre de ses affaires et se créer un revenu suffisant pour faire venir Isobel Brophy au Canada et l’épouser car c’était cela maintenant qu’il était décidé à faire.

Il avait vu cette jeune fille tous les jours pendant plus de deux mois, il avait été à même d’apprécier ses qualités et il était certain qu’il serait très heureux avec elle. Toutefois, il lui fallait gagner de l’argent pour la faire vivre. À vendre des maisons, des magasins, des boutiques, des lots à bâtir, des fermes dans la petite ville qu’était Formont il ne pourrait jamais que faire une petite vie comme son père. C’était un centre trop étroit, trop tranquille. Tout de même, le jour de son arrivée, il se rendit au bureau du journal local « Le Progrès de Formont », dans lequel il avait souvent mis des petites annonces, et demanda qu’on voulût bien insérer une note annonçant que M. Philémon Massé, agent d’immeubles, était de retour d’un voyage de deux mois en Europe et qu’il serait dorénavant tous les jours à son bureau pour recevoir les clients. Il écrivit aussi à son ami Fagan, à Rochester.

Les affaires marchaient lentement. Celui qui avait une maison à vendre mettait une affiche sur l’édifice et l’acheteur qui la voyait entrait pour discuter les conditions. Pour les terres, l’habitant faisait annoncer par le crieur public le dimanche à la porte de l’église que sa ferme était à vendre. Les intéressés se présentaient et bâclaient le marché sans recourir à l’agent d’immeubles. Tout de même,