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IMAGES DE LA VIE

— Écoutez, Ernestine, il me semble que vous n’êtes pas tout à fait mise pour assister à des noces. Si la chose vous convenait, je vous prêterais mon manteau vert.

— Vous êtes bien bonne, madame, répondit Ernestine, et j’accepte avec plaisir.

Et la bonne s’en alla au mariage de sa sœur enveloppée de l’élégant manteau vert. À son retour, le lendemain, elle le rendit à sa maîtresse, la remerciant chaleureusement, lui disant que sa toilette avait été fort admirée et lui avait valu des compliments.

— Alors, s’il vous plaît, vous pouvez le garder. Je vous le donne, déclara Mme Demers qui avait comme ça de soudains élans de générosité.

Et le manteau vert à collet d’écureuil entra dans la garde-robe de la servante.

Deux mois plus tard, Ernestine se trouva un emploi beaucoup plus avantageux que celui qu’elle occupait et annonça qu’elle s’en allait. Mme Demers se trouva mécontente parce que cela dérangeait ses habitudes. Puis, un jour, rangeant ses robes, elle songea au manteau vert et oubliant qu’elle en avait fait cadeau à son ancienne bonne, le chercha et ne le trouva pas.

— Je gage que c’est Ernestine qui l’a emporté en s’en allant, se dit-elle. Je le lui avais prêté et elle l’a gardé.

— C’est ennuyeux, déclara-t-elle le soir à son mari en soupant. J’avais prêté mon manteau vert à Ernestine et elle est partie avec. Tu vas aller le lui réclamer. Tu sais, c’est un manteau qui m’a coûté vingt-huit piastres. Il est tout neuf et je ne peux pas le jeter comme une vieille paire de bas.

Le mari n’était guère enthousiaste, n’aimant pas à se charger de ce genre de commissions.

— Si tu lui téléphonais, suggéra-t-il.