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Page:La Revue de Paris A12 T1 La réforme tunisienne.djvu/8

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avaient déjà siégé. La Conférence, d’autre part, s’émancipait, devenait houleuse, menaçait de tourner en une façon de Parlement au petit pied, de sorte qu’après une expérience peu encourageante, M. René Millet la « réorganisa » (23 février 1896).

Le point essentiel de la réforme, c’est qu’à côté des deux catégories anciennes, des deux ordres officiellement reconnus ; elle en créait un troisième : « le Troisième Collège ». Rien n’était plus juste. À côté des 1 200 agriculteurs et commerçants représentés à la Conférence, plus de 3 000 citoyens français pouvaient réclamer la qualité d’électeurs, mais, n’appartenant pas aux deux catégories privilégiées, n’étaient pas représentés. Donc, après cette réorganisation, la colonie tunisienne fut divisée en trois catégories distinctes : les Agriculteurs, les Commerçants et… les autres, le Troisième Collège. Ce Tiers-État nouveau comptait moitié environ de fonctionnaires, de petits fonctionnaires surtout. La Résidence pouvait être sûre d’avoir, grâce à leurs délégués, une majorité — les Tunisiens disaient : docile. C’était se donner trop d’avantage. Trop bien jouer est parfois une faute. M. Millet en fit l’épreuve. L’opposition, en minorité dans la Conférence, n’abdiqua pas et tout simplement se déplaça, se concentra dans les Chambres d’Agriculture et de Commerce où elle était chez elle et où le Résident n’entrait pas. Les deux Chambres — la Chambre d’Agriculture surtout — se campèrent en face de la Conférence, déclarèrent que, domestiquée et déconsidérée, celle-ci ne représentait plus la colonie. Cette tactique avait l’avantage d’annihiler le Troisième Collège qui, n’ayant pas l’organisme permanent d’une Chambre élue, ne possédait aucun moyen d’action en dehors de la Conférence.

Les « agrariens », plus mécontents de la réforme que les commerçants parce qu’ils y perdaient davantage, avaient pris la tête de l’opposition. Ils avaient une certaine supériorité de considération et de prestige, un état-major ardent et distingué. Surtout, ils avaient pour eux le mécontentement que soulevaient dans la population certaines conceptions gouvernementales : l’impôt vexatoire des prestations, l’arabophilie excessive de certains hauts fonctionnaires, l’arrière-pensée du Résident qui prétendait constituer, pour faire contrepoids à la