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Page:La Revue de Paris A12 T1 La réforme tunisienne.djvu/6

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réclamations, des revendications se formulaient. Il fallait aviser.

Le successeur de M. Cambon était un administrateur de carrière ; mais, frotté de diplomatie à l’école de Jules Simon, il se rendait compte qu’il ne pouvait guère compter sur l’administration des Affaires étrangères qui, n’ayant pas encore la pratique du Protectorat, éparpillait les responsabilités, consultant, sur la moindre vétille, tous les ministères approximativement compétents ; sans parler du Résident et du Bey, la Tunisie passait par les mains d’une douzaine de gouvernements, – lesquels s’entendaient rarement entre eux. D’autre part, les relations qui s’établissaient spontanément et presque au hasard, entre la Résidence et les corps constitués, chambres ou syndicats, avaient quelque chose de confus et d’incohérent. Ces consultations, à peu près fortuites, prenaient parfois un caractère de fantaisie imprévue, le président du syndicat répondant à lui tout seul pour ne pas importuner ses collègues en les convoquant. Si bien que M. Massicault écrivait à son ministre : « Ces réponses ne sont, le plus souvent, que l’écho des opinions et des intérêts de deux ou trois colons. » Ces rouages mal agencés se heurtaient ; le Résident se sentait mal équilibré sur un terrain peu stable. Aussi M.  Massicault voulut-il avoir auprès de lui, pour le couvrir, une autorité plus réelle, plus collective et cependant maniable, quelque chose de décoratif et de commode à la fois. De ce désir, naquit la Conférence consultative.

Au début, ce ne fut rien de bien imposant. L’institution n’eut pas les honneurs d’une investiture solennelle, pas même ceux d’une création officielle par décret. Elle sortit modestement et sans bruit d’une lettre de Paris, en date du 24 octobre 1890, où il était dit en réponse aux propositions de Massicault « qu’il semblerait utile que le Résident général réunît, à des époques fixes, les représentants de la colonie pour prendre leur avis au sujet des questions touchant à leurs intérêts agricoles, industriels et commerciaux ». Cette formule prudente ne spécifiait pas quels seraient ces « représentants », mais la lettre reconnaissait implicitement deux « ordres » : l’Agriculture et le Commerce.

M. Massicault ne tenait point à élaborer une constitution