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Page:La Nouvelle revue. vol. 104 (Jan.-Feb. 1897).djvu/503

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LA

FORMATION DES ÉTATS-UNIS[1]




LES INFLUENCES ÉTRANGÈRES ET LES AMBITIONS NATIONALES


Les Européens qui parcourent les États-Unis avec le désir d’en analyser les particularités politiques et sociales s’étonnent du peu de place que tiennent leurs pays respectifs dans les préoccupations américaines. On les reçoit fort bien, on s’enquiert avec intérêt de leurs familles, de leurs demeures, de leurs habitudes de vie. On a presque toujours un mot aimable à leur dire sur la gaieté du boulevard des Capucines ou du Corso, l’ampleur du Ring ou de la perspective Newski, les beautés de l’Acropole ou de l’Alhambra, les tableaux de la Pinacothèque ou les clochers de Sainte-Gudule. On leur parle d’un restaurant célèbre, d’une ruine féodale, d’une collection de vieilles monnaies, d’un paysage alpestre ou d’une danse de paysans. Mais on ne les interroge pas sur les débats parlementaires, sur l’administration, sur les graves questions de politique extérieure, sur les éventualités d’un conflit toujours redouté. Si on le fait, c’est par politesse et sans conviction. Il est visible que les Américains ne désirent pas être informés de ces choses ; on dirait qu’ils considèrent nos hommes d’État comme des contemporains des momies du musée de Boulaq ayant en moins le mystère des papyrus, la poésie des scarabées et l’ombre prestigieuse des Pyramides. Cette indifférence une fois constatée, le voyageur curieux s’applique à en déterminer les causes et la lumière ne tarde pas à se faire dans son esprit. Comment les États-Unis pourraient-ils s’intéresser aux affaires du vieux monde, alors que leur isolement géographique

  1. Voir la Nouvelle Revue du 15 décembre 1896, 1er et 15 janvier 1897.