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Je sais qu’une âme implique un geste
D’où vibre une sonorité
Qu’harmonieusement atteste
La très adéquate clarté.

Un paysage s’exaspère
Au gré de ses intentions
Et une rhytmique atmosphère
Unit cette âme à l’horizon.

Mais je ne sais pourquoi notre âme débile, erre
Sous des ciels neufs et qu’elle n’a pas choisis,
Et parmi des campagnes autoritaires
Où nous n’osons que des gestes soumis.

Alors, puisque nous n’avons plus de force
Et que le paysage est vainqueur…
Au moins je voudrais qu’il emporte
Des victoires selon nos cœurs.

Et je cherche un champ de soleil
Où tu doives me dire « Je t’aime. » —
Mais seule la lune éclaire la plaine
Toujours d’une pâleur pareille.



NOCTURNE


J’errais sur les lisières aventureuses.
D’une triste forêt sans oiseaux,
C’était l’heure où une contrainte peureuse
Fait dire malgré soi des mots.

Au bout de l’allée couverte
La lune est apparue
Si plaintive et si verte
Que nous ne la reconnaissions plus.

Tu m’as dit avec un air d’ennui :
« Es-tu bien sûr que ce soit la même ?
Comme elle est malade aujourd’hui,
La pauvre lune, comme elle est blême ! »

Un vent tiède a soufflé dans les branches
Elles ont agité plaintivement leurs feuilles rousses.
Nous, nous regardions le long de la mousse
Gésir nos pauvres petites ombres pâles.

Je t’ai dit avec un air maussade :
« Elle est bien malade aujourd’hui,
La lune, elle est bien malade ! »
En voilà assez pour aujourd’hui.