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a entamé l’écorce de cet arbre ! Oui, elle était là aussi.

Ils s’entre-regardèrent, puis leurs yeux errèrent de haut en bas, et ils s’émerveillèrent ; car les coutumes des éléphants dépassent l’esprit d’aucun homme noir ou blanc.

— Quarante-cinq années, dit Machua Appa, j’ai suivi monseigneur l’Éléphant, mais jamais je n’ouïs dire qu’un enfant d’homme ait vu ce qu’a vu cet enfant. Par tous les dieux des montagnes, c’est — que peut-on dire ?

Et il secoua la tête.

Lorsqu’ils revinrent au camp, c’était l’heure du souper. Petersen Sahib mangeait seul dans sa tente, mais il donna ordre qu’on distribuât deux moutons et quelques volailles, avec double ration de farine, de riz et de sel, car il savait qu’il y aurait fête. Grand Toomai, monté de la plaine en toute hâte se mettre en quête de son fils et de son éléphant, maintenant qu’il les avait trouvés, les regardait comme s’il avait peur de tous deux.

Et il y eut fête, en effet, autour des grands feux de camp allumés sur le front des lignes d’éléphants au piquet, et Petit Toomai en fut le héros. Les grands chasseurs d’éléphants, à peau bronzée, traqueurs, conducteurs et lanceurs de cordes, et ceux qui savent tous les secrets pour dompter les éléphants les plus rebelles se le passèrent de l’un à l’autre, et lui firent une marque au front avec le sang d’un cœur de coq de jungle fraîchement tué, pour lui donner rang de forestier initié dès à présent et libre dans toute l’étendue des jungles.

Et, à la fin, quand tombèrent les flammes mourantes, et qu’aux reflets rouges de la braise les éléphants apparurent