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Grand Toomai l’entendit, et grommela :

— Que tu ne seras jamais de ces buffles-de-montagne de traqueurs. Voilà ce qu’il voulait dire. Hé ! là-bas, vous, en tête, qu’est-ce qui barre la route ?

À deux ou trois éléphants en avant, un cornac, un homme d’Assam, se retourna en criant avec colère :

— Amène Kala Nag, et cogne-moi sur ce poulain que j’ai là, pour lui apprendre à se conduire. Pourquoi Petersen Sahib m’a-t-il choisi pour descendre avec vous autres, ânes de rizières ! Amène ta bête contre son flanc, Toomai, et laisse-la travailler des défenses. Par tous les dieux des montagnes, ces nouveaux éléphants sont possédés… ou bien ils flairent leurs camarades dans la jungle !

Kala Nag bourra le nouveau dans les côtes, à lui faire perdre le souffle, tandis que Toomai disait :

— Nous avons nettoyé les montagnes d’éléphants sauvages, à la dernière chasse. C’est seulement la négligence avec laquelle vous les conduisez. Suis-je donc chargé de l’ordre tout le long de la file ?

— Écoutez-le ! cria l’autre cornac : « Nous avons nettoyé les montagnes ! … » Oh ! oh ! Vous êtes malins, vous autres, gens de la plaine. Tout le monde, sauf un cul-terreux qui n’a jamais vu la jungle, saurait ce qu’ils savent bien, eux, que la chasse est finie pour la saison : alors, ce soir, tous les éléphants sauvages feront — — Mais pourquoi gaspiller ce qu’on sait devant une tortue de rivière ?

— Qu’est-ce qu’ils feront ? cria Petit Toomai.

— Ohé ! petit. Tu es donc là ? Eh bien ! je vais te le dire : car toi, tu as du bon sens. Ils danseront, voilà ! Et