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le moral pour courir au milieu des chambres ; mais jamais il n’y parvient.

— Ne me tuez pas, dit Chuchundra, presque en pleurant. Rikki-tikki, ne me tuez pas !

— Crois-tu qu’un tueur de serpents tue des rats musqués ? dit Rikki-tikki avec mépris.

— Ceux qui tuent les serpents seront tués par les serpents, dit Chuchundra, plus lamentable que jamais. Et comment être sûr que Nag ne me prendra pas pour vous, quelque nuit sombre ?

— Il n’y a pas le moindre danger, dit Rikki-tikki, car Nag est dans le jardin, et je sais que tu n’y vas pas.

— Mon cousin Chua, le rat, m’a raconté — — commença Chuchundra.

Et alors, il s’arrêta.

— Raconté quoi ?

— Chut ! Nag est partout, Rikki-tikki. Vous auriez dû parler à Chua dans le jardin.

— Je ne lui ai pas parlé — Donc, il faut me dire. Vite, Chuchundra, ou je vais te mordre !

Chuchundra s’assit, et pleura au point que les larmes coulaient le long de ses moustaches.

— Je suis un très pauvre homme, sanglota-t-il. Je n’ai jamais assez de courage pour trotter au milieu des chambres… Chut ! Je n’ai besoin de rien vous dire… N’entendez-vous pas, Rikki-tikki ?

Rikki-tikki prêta l’oreille. La maison était aussi tranquille que possible, mais il lui sembla distinguer un imperceptible cra-cra… un bruit aussi léger que celui d’une