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de l’eau. Il n’y a pas de berceau plus confortable que la longue houle balancée du Pacifique. Lorsque Kotick sentit des picotements sur toute la surface de la peau, Matkah lui dit qu’il connaissait maintenant « le toucher de l’eau », que ses élancements et ces picotements annonçaient du gros temps en route, et qu’il fallait souquer dur et fuir devant l’orage.

— Avant longtemps, dit-elle, tu sauras vers où nager, mais, pour l’instant, nous suivrons Sea Pig, car il est très sage.

Une bande de marsouins plongeait et filait à travers l’eau, et le petit Kotick les suivit de toute sa vitesse.

— Comment savez-vous la route ? souffla-t-il.

Le chef de la bande roula son œil blanc et plongea :

— Ma queue m’élance, jeunesse, dit-il. C’est signe de grain derrière nous. Viens, viens ! Quand on est au sud de l’Eau Lourde (il voulait dire l’Équateur) et qu’on éprouve des élancements dans la queue, cela signifie qu’il y a un orage devant soi et qu’il faut gouverner nord. Viens, l’eau ne me dit rien de bon par ici.

Ce fut une des nombreuses choses qu’apprit Kotick, et, chaque jour, il en apprenait de nouvelles. Matkah lui enseigna à suivre la morue et le flétan, le long des bancs sous-marins ; à extirper les bêtes de rocher de leur trou parmi les goémons ; à longer les épaves par cent brasses de fond, enfilant un hublot, raide comme balle, pour sortir par un autre à la suite des poissons ; à danser sur la crête des vagues, tandis que les éclairs se pourchassent à travers le ciel, et à saluer poliment de la nageoire l’albatros à queue tronquée