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la vûë de Dieu ; ils le contemplent face à face ; ils sont transformez & comme abimez en lui ; & dans cette plénitude de lumiere, le Verbe incarné leur fait goûter ses douceurs ; ils le voyent, ils le possedent tel qu’il étoit au commencement, & qu’il sera à jamais.

Quand je pense à ces merveilles, tout me déplaît en ce monde, & il n’est pas jusqu’aux consolations spirituelles, qui ne me semblent insipides.

Ce que je vois, & ce que j’entends, ne me touche point, tandis que je suis privé du bonheur de voir mon Dieu dans sa gloire.

Vous m’êtes témoin, Seigneur, que rien de créé ne peut ni me contenter, ni me consoler, parce que vous êtes toute ma consolation & toute ma joye : aussi ne désirerai je autre chose, que de vous voir éternellement.

Mais c’est un bonheur que je ne puis posseder pendant cette vie mortelle.

Je ne dois donc maintenant penser qu’à souffrir, & à me soûmettre avec tous les desirs de mon cœur, aux ordres de vôtre divine Providence.

Car les Bienheureux, qui regnent presentement dans le Ciel, ont attendu ici bas avec foi & avec patience